Ils ne miaulent pas, n’aboient pas, ne réclament ni promenade ni litière à changer chaque jour. Les isopodes, que l’on connaît sous le nom de cloportes, ont quitté le dessous des pots de fleurs pour entrer dans les salons. Formes colorées, comportement fascinant à observer et besoins modestes : ces petits animaux font partie des nouveaux animaux de compagnie (NAC) qui séduisent aussi bien les familles que les passionnés de terrariums. Voici l’essentiel à savoir avant de se lancer.
Les isopodes, des crustacés et non des insectes
Contrairement à ce que l’on pense souvent, le cloporte n’est pas un insecte : c’est un crustacé, cousin des crevettes et des crabes, adapté à la vie sur la terre ferme. On en connaît près de 4 000 espèces dans le monde. Un adulte compte 14 pattes, porte deux antennes bien visibles et respire grâce à de petits organes situés sous l’abdomen, qui doivent rester humides : c’est pourquoi un élevage a toujours besoin d’un coin humide.
Deux particularités étonnent les débutants :
- Il mue en deux temps : d’abord la moitié arrière, puis la moitié avant quelques jours plus tard. Un cloporte à moitié blanc est donc simplement en train de changer de carapace.
- La femelle porte ses petits dans une poche ventrale, le marsupium. Les jeunes en sortent déjà formés, minuscules et blancs.
Selon les espèces, un isopode vit en général de un à quatre ans. Une colonie, elle, se renouvelle d’elle-même : les jeunes remplacent les anciens, et un bac bien tenu se garde des années.

Pourquoi les isopodes séduisent autant comme NAC
- Peu de place : une boîte de 5 à 6 litres, environ 30 × 20 cm au sol, suffit pour démarrer avec une dizaine d’individus.
- Peu de contraintes : quelques minutes d’entretien tous les deux jours, et un week-end d’absence ne pose pas de problème avec un coin humide bien garni.
- Un budget modeste : l’installation complète et un premier lot d’une espèce facile restent accessibles, bien loin du coût d’un terrarium de reptile.
- Un vrai spectacle : vie de groupe sous l’écorce, mues, naissances… et une palette de couleurs surprenante. Selon les espèces et les formes d’élevage, on trouve des cloportes blancs tachés de noir comme une vache laitière, orange vif, jaunes, ou ornés de motifs contrastés.
- Un allié du terrarium : dans un terrarium planté, avec ou sans reptile, les isopodes recyclent les feuilles mortes et les déchets, au point d’être devenus les piliers des terrariums dits « bioactifs ».
Ce sont des animaux à observer plus qu’à manipuler : on les prend en main le moins possible, et toujours délicatement.
Installer un terrarium à cloportes en 5 étapes
L’installation ressemble à un petit morceau de sous-bois :
- Une boîte en plastique transparent qui ferme bien, avec une aération couverte d’une grille fine (1 mm au maximum, sinon les nouveau-nés s’échappent).
- Un substrat nourrissant d’environ 7 cm : terre sans engrais mélangée à du bois blanc pourri et à des feuilles broyées. Chez les isopodes, le sol est aussi le garde-manger.
- Un coin humide sur environ un tiers du bac, couvert de sphaigne que l’on humidifie dès qu’elle commence à sécher. Le reste du bac reste plus sec, ce qui limite les moisissures.
- Des feuilles mortes de chêne ou de hêtre en surface et un morceau d’écorce de liège, sous lequel la colonie passera ses journées.
- Du calcium en permanence, sous forme d’os de seiche : indispensable à la solidité de la carapace.
La plupart des espèces faciles vivent très bien dans un logement chauffé, entre 18 et 24 °C. Évitez simplement le soleil direct, le rebord de fenêtre et le dessus d’un radiateur. Au bout d’une semaine, un bon réglage se reconnaît facilement : une partie du substrat est encore humide, sans moisissure ni odeur de renfermé.
Que mangent les isopodes ?
La base de l’alimentation, ce sont les feuilles mortes et le bois en décomposition, qui restent toujours disponibles dans le bac. On complète avec un peu de légume de temps en temps (courgette, carotte) et une pincée de nourriture protéinée une fois par semaine. Les restes frais se retirent au bout d’un jour pour éviter les moisissures.
Quelques collemboles, de minuscules animaux du sol, complètent utilement l’installation : ils consomment les moisissures et les restes que les cloportes délaissent.
Quelle espèce d’isopode choisir pour débuter ?
Pour un premier élevage, mieux vaut une espèce robuste, qui tolère de petites erreurs de réglage :
- Porcellio scaber, le cloporte rugueux de nos jardins, décliné en nombreuses couleurs d’élevage et très tolérant.
- Armadillidium vulgare, le célèbre « cloporte boule » qui se roule sur lui-même au moindre dérangement : un succès garanti auprès des enfants.
- Porcellio laevis, plus grand et très actif, souvent visible en surface.

Les Cubaris, très en vogue pour leurs couleurs spectaculaires, demandent une chaleur stable et une colonie y démarre lentement : on les garde plutôt pour un deuxième élevage. Pour comparer les espèces faciles, leurs besoins et leurs formes de couleur, vous pouvez parcourir une sélection d’isopodes d’élevage présentés chacun avec leur fiche d’élevage complète.
La reproduction des isopodes : à quoi s’attendre
Commencez avec une dizaine d’individus de tailles variées, des subadultes ou des adultes moyens : avec ce nombre, les deux sexes sont presque toujours présents. Ne vous attendez pas à des naissances dès le premier mois. Chez les espèces les plus rapides, les premiers jeunes arrivent souvent après deux à quatre mois ; chez les espèces plus lentes, il faut parfois patienter davantage.
Une femelle gestante se reconnaît à son ventre gonflé. Les nouveau-nés, blancs et minuscules, se cachent d’abord dans la zone humide : c’est là qu’il faut regarder. Quand la colonie compte plusieurs centaines d’individus et que le substrat se transforme en terre fine, il est temps de passer à un bac plus grand ou de diviser la colonie.
Les règles d’or de l’élevage d’isopodes
- Une seule espèce, et une seule forme de couleur, par bac : deux formes d’une même espèce se croisent et perdent leurs couleurs, deux espèces se font concurrence.
- Ne jamais relâcher d’animaux d’élevage dans la nature, même une espèce que l’on croit locale : les formes d’élevage et les espèces exotiques n’y ont pas leur place.
- Ne jamais laisser sécher le coin humide : c’est là que les isopodes boivent et muent.
- Ne pas surcharger en nourriture fraîche : ce qui moisit attire les acariens et fragilise la colonie.
Discrets, résistants et étonnamment attachants à observer, les isopodes sont une excellente porte d’entrée vers l’élevage d’invertébrés, pour peu que l’on respecte leurs quelques besoins essentiels : de l’humidité, de la nourriture végétale et un peu de calcium.
